Je veux célébrer le prophète
debout seul sur sa barque
le prophète aux pieds nus
aux yeux mobiles d'animal
Mais on dirait qu'il plane
et cherche à nous posséder
d'un grand geste lumineux
A travers l'herbe et le calme de l'eau
il s'approche et tout se couche à ses pieds
comme l'eau du puits comme la paille
comme les animaux de la ferme
comme les poèmes subjugués
Maître des mots laboureur du langage
foudre paisible
Je veux célébrer le prophète
toujours en route et pourtant attaché
toujours brûlant quoique homicide
porte-lance si vulnérable
le célébrer quand il s'avance
quand il débarque
et maigre inscrit sa raison d'être
dans l'étendue désirable