Des baigneurs flottent, le tissu d'eau remonté
jusqu'au cou, on voit des gens se dévêtir entre les
saules, et peigner d'énormes culs blancs étonnés
de soleil, d'autres sont dans les lits, poissons à moustaches,
dites-vous. Heureux qui possède l'amour et l'eau fraîche
! Mais quand la vanne s'est fermée, il y a ces milliers
de corps brusquement à sec, métal frissonnant, troupeau
foudroyé. Toutes ces branchies coupées de leur aliment,
de leur élément naturel, on pense aux victimes assoiffées
du Sinaï. Certains encore vivants dans une flaque, ou inertes,
k.o. d'un invisible coup de poing. Voilà ce qui me trouble
: quand l'adversaire manque, et que l'on mord, c'est le mot, la
poussière. Je sais bien que la viande est faible, mais
être cette viande est râlant.
J'ai vu cela à Beaucaire : des kilomètres
de poissons matés.