La génération spontanée

 

 

Les sales bêtes ont fait des petits, je suis fier et glorieux. Je jubile, penché sur la portée. En un printemps, cela fera combien de générations. Nous sommes installés, Prigent, en plein fumier de reproduction, et il suffit de laisser aller, de se laisser aller. Voilà peut-être notre crime, mais comment concilier liberté et dirigisme. La bête monte à l'assaut de nos veilles et de notre sommeil, la bête affable, dis-tu justement, la bête bien élevée, oui mais vorace. La bête qui a faim. Oreilles, graisse, os, odorat, papilles diverses, tout cela se construit. De notre substance. Bouse de vache ou fleur nattée. S'avachit, se déshabille, meurt. Ou reste un moment sur le dos, à remuer lâchement les pattes. Ou dort, bouche ouverte. Mais déjà d'autres, bien serrées en leurs bretelles de poils, se lancent, se rattrapent, s'entre-dévorent. J'oubliais : se multiplient. Il faut en convenir : le fascisme, cela nourrit, cela fait aller, on le respire, on le boit, on le mange, il sort par le nez et par les oreilles. Il fait de la mort, de la vie. Fumier de dieu.