La gueule

 

 

On se la fend, on se la soûle, on se la casse. On se prend d'amitié pour une fille ou pour une route étroite en surplomb, et l'on se suspend comme on peut sur la paroi verticale, pour l'honneur. On arrose de vin vieux les capucines de son jardin, on prend son bain dans le cognac, on invente une pension aristocrate, pour y fonder des privilèges. D'ignobles pantoufles, comme des vaches. Un pensionnat de bouteilles vides. Culottes aux lampadaires. Un attelage d'hippocampes conduit mes poèmes à leur dernière demeure, et je tire de cigares fossiles des vols de lémures en vacances. Combe surchauffée où le cerveau éclate, où le corps rêve, où le château est proche, à ce que l'on dit. Seigneurs ! Aujourd'hui est piètre, mais provisoire. Il y aura des exploits, des fortunes, des banquets. Des femmes. Hisser une carriole chargée de café sur une pente d'été est pénible, quand on doit forcer sur les pédales. Mais le vin noir vous repose et vous plonge dans le terreau des villages, dans le nirvâna du tambour d'Arcole. Ici sera notre institution, et nous aurons une profonde cave où, la nuit, cravates défaites, nous irons boire, pendant que les pensionnaires en chemises longues, aux douces hanches d'écrevisses, scintilleront dans les dortoirs aériens.