Animal déchaîné

 

 

Je suis détestable, j’ai l’esprit mauvais. Bouche en travers, je creuse le sol. Il faut me prendre pour ce que je suis. Ne pas attacher d’importance. Si je casse, attendre, patienter. Voilà. Il arrive toujours un moment où plus rien ne reste à briser. D’ailleurs je ne brise rien. Ma colère devient molle, un fil de bave à mes commissures. Une colère de rêve. Quoi faire de moi ? Une belle course à fond de train, un cinq cents mètres à la vie à la mort. Le jeu de mort vaut qu’on le risque, pour le prestige du soleil. Laissez courir l’animal sauvage à travers les montagnes de sa douleur. Il prend forme de cette agonie qui le met en sueur, en saveur, en plaisir de dieu. Il est déchaîné, voilà tout.