Cela est difficile à expliquer, mais cela se voit.
Regard plus noir que nature, rire cru, du charbon, du sang. On
ne peut désamorcer la tête d’assassin. Il faut d’abord écarter
les victimes, ne pas trop se détourner, de peur de l’irriter,
passer d’un air absorbé, sûr de soi. Naturel sans excès. Ne pas
oublier sa clé sur la porte. La tête d’assassin ne manque pas
ces occasions. Et après, vous êtes à sa merci, elle choisira son
heure, dans un an, deux ans. Quand vous dormirez. La tête d’assassin
doit être vue de profil. Beau profil d’ailleurs, nez vigoureux,
sourcils touffus. La poitrine d’assassin respire fort et profondément.
Mais les jambes d’assassin traînent un peu trop devant vos jambes.
Attention aux allusions. C’est une encre de calmar, pour ainsi
dire, cela se répand sans crier gare, mais avec une insistance
! On ne peut avancer, on ne voit plus devant soi. Un ferment nocif,
dans l’air, une longueur d’onde. Roger il s’appelle. Sans blague.