Si dans la montagne vous trouvez en dentier de
mouton égaré, inutile de le rapporter, les moutons
ne se plaindront pas, ils sont bons, les moutons, ils vivent pour
nous, on le sait. Et donc, on n'aurait pas l'idée de s'apitoyer
sur une gencive de mouton, une gencive de mouton cela n'est ni
drôle ni triste, cela roule, cela tournoie. Cela moutonne.
Une petite moustache d'homme, je le reconnais, elle tire l'oeil,
l'oeil de l'homme assurément, mais à bien y réfléchir
on peut aussi la confondre. Et une mâchoire d'homme, dans
un chemin creux, a vite fait de ressembler à une mâchoire
de mouton, surtout quand il a plu pendant six mois et que les
promeneurs ont pique-niqué. Avez-vous pensé aux
joues pierreuses des moutons, aux yeux rouges des moutons, à
leurs dures épaules se frottant les unes aux autres sans
faire d'étincelles. Trottoirs roulants, chaussées
roulantes des têtes de moutons pareilles, ô Ponge,
à des galets, à de mignonnes pierres ponges destinées
à râper le printemps, la pluie, la foudre, la nuit.