J'étais alors entouré de gens méchants,
dont le plaisir et le but tenaient dans cette épouvante
dont ils m'entouraient, comme d'autres vous entourent de petits
soins et de facilités. Image du bourreau, debout près
de mon lit, du bourreau contre lequel je n'ai de force que cette
terrible révolte qui m'emplit et qui me dresse contre tout
et contre tous. Mes larmes c'était une ruse, un moyen de
me délivrer de lui, car la pitié habite même
le bourreau. Mais par là j'apprenais à mépriser
la pitié, sotte concession, défaite, que je provoquais
sciemment, mais dont jamais je n'eus la moindre gratitude. Méchanceté
d'enfance, te voici encore : je bats Mireille, et je me plais
à la battre en l'insultant, dans ce paysage solitaire de
blocs et d'orties, paysage de fin du monde et qui servait en même
temps de latrine, quand dans un mur invisible une fenêtre
s'ouvre et Yvonne apparaît, rouge de colère, et m'insulte,
et me met en fuite. Ma rancune est encore fraîche, après
des années. Il faudra peut-être que je me résigne
à noter ces affreuses injures de l'enfance qui ne sauraient
se cicatriser.