Buveuse nocturne

 

 

La nuit, rentrant dans ma ruelle, je la trouvais chaque fois à une place différente, la trompe déroulée, plongée dans quelque trappe, s'entourant d'une affreuse odeur qui devenait l'odeur même de cette ville pourtant glorieuse, odeur que je décelais au retour des villages, assise aux portes et comme montant la garde. Piquante, acide, l'écharde me prenait à la gorge, puis se fondait dans les lumières et les ombres, s'accrochait aux jupes des femmes, entrait dans le tissu de mes vêtements, haleine d'une macération souterraine. Cependant, la bête continuait son office, promenant sa soif avec tous les dehors d'un cérémonial, les stations patientes, surtout l'été quand le monde est prêt pour la saignée.

Et soudain, dans le vent, débouler, oreilles écartées, ne sentir que soi.