La fille est sale, il faut regarder ses oreilles,
je n'ose parler de son sexe. D'accord, elle s'élance d'un
trait jusqu'au bout du geste, elle n'a pas de poids, mais elle
est terne, ses cheveux n'ont pas de couleur, ce sont des cheveux
d'homme. Elle est belle à voir à travers les barreaux
d'une grille, elle vous écrase, elle se prend pour une
condamnée, mais ce n'est que la grille de votre portail.
Je ne suis pas féru de légitimité, mais,
mon vieux, elle n'a rien pour te plaire, elle est malhonnête
avec ses yeux en filigrane et ses pâleurs crasseuses. Elle
ne se débarbouille jamais, je t'en donne ma parole. Et
même je crains que sa poésie ne soit que mauvaise
sueur, plutôt que le sang dont elle n'est point dépourvue.
Et si elle te demande de l'écouter, ce n'est point pour
être violée entre les pages du livre. Quand je dis
violée, je me comprends. Et puis, si elle souffre, ce n'est
qu'une feinte, elle souffre artistiquement. Elle porte mal le
pincement qu'elle préfère. Et ses airs gênés
ou trop hardis ne doivent point t'impressionner. Je crains qu'elle
ne soit chargée de défaite.
Et lui, qui l'a aimée, secouée comme
un prunier, lui qui n'est pas allé jusqu'au silence nécessaire.
Et moi qui écris cela sans le penser. Je dis que nous sommes
tous des infirmes, et si les filles deviennent sottes et sales,
c'est de notre faute.