Les Etrusques, c'est des gens qui ne veulent pas
être compris, alors ils se livrent à un systématique
et raisonné dérèglement du vocabulaire et
de la syntaxe. Changeant les mots, qui seraient
trop naïfs ou trop clairs, de place, ou les laissant en suspens,
tout surpris et repliés. C'est ce qu'ils veulent, les Etrusques,
que les mots se ferment, ne laissent plus rien filtrer. Ce n'est
pas qu'ils soient absolument hypocrites, mais ils préfèrent
ne pas trop prendre de risques. Surtout avec la poésie,
qui entraîne facilement le ridicule et la mauvaise réputation.
Et puis ils pensent avec raison que moins on connaîtra d'eux
et de leurs pensées, plus on les prendra pour ce qu'ils
ne sont pas. Les Etrusques c'est des génies. Tout le monde
le dit. Et voyez : une mésaventure qui m'est arrivée
il y a deux ans, ou trois, m'est revenue traduite en Etrusque,
et ce fut la première épopée de cette langue,
une chose admirable. Telle est la nécessité des
Etrusques : ils vous donnent bonne opinion, d'eux d'abord, et
de vous ensuite, s'ils décident de s'occuper de vous.
Mais je préfère, oui je crois que
je préfère, Musset à tous ces Etrusques.
Il faut un minimum de franchise. Et pour le lecteur, l'alchimie
verbale, c'est rien que des mots. Ou des miettes, des éclats
de mots. Des copeaux, des épluchures savamment (voilà
le grief) collées, et qui ne font en définitive
que de l'art. Eh bien, Monsieur, l'Art ? L'art ? Oui, eh bien
?