Iguanes

 

 

Quand les iguanes rendent visite à d'autres iguanes, ils se racontent bien entendu des histoires de famille. Originales toujours, car iguane ne l'est pas qui veut. Ils parlent de cuisine, les iguanes, de leur cuisine qui n'est pas n'importe quelle cuisine. Du pouvoir personnel, parfois, de façon correcte. Ils parlent de l'Angleterre et des Anglais, mais jamais de leur province, de leurs bons parents. A quoi pensent-ils ? Ils pensent à ce qu'ils peuvent, les iguanes, ils pensent à leur crime, mais n'en disent mot, cela est trop brûlant, et ils sont trop orgueilleux. Ils sont aussi trop réservés, et méprisent ces vulgarisateurs. Ils ont une langue à eux, les iguanes, qui a le mérite d'être opaque aux étrangers, et souvent à eux-mêmes, ce qui leur permet de se moquer les uns des autres sans vergogne. Ce qui leur parvient les excite seulement, sans les offusquer. Leurs écrits sont une mosaïque de pièces et de morceaux adroitement ajustés. Des savants ont cru trouver là la grammaire mythique des Atlantes. Mais je pense qu'il s'agit seulement de style. Donc, ils se lisent religieusement leurs poèmes, les iguanes, et ne se comprennent pas, chacun remercie l'autre de ses insultes, dont il se fait des compliments. Tout ce qu'ils disent et écrivent signifie manifestement ceci : nous seuls savons vivre, nous seuls avons du génie. Il faut reconnaître que les iguanes ont la recette du génie, et fabriquent sciemment des chefs-d'oeuvre. Ils sécrètent le chef-d'oeuvre. Leur spécialité est un art pour l'art surréaliste. Ils parlent quelquefois de leurs enfants, qui sont là à les regarder avec des yeux d'iguanes transparents et résignés. Il paraît qu'ils sont comestibles, mais qui voudrait en manger ?