Dans le noir, car ce fut dans le noir, cela commença
par un discours d'oiseau, c'était un oiseau abstrait, mais
disait-il je ne connais pas le sens du mot abstrait, ni celui
du mot concret, je ne sais pas ce que signifient les mots. Dans
le noir, cela fut dit, et redit. Rien de cruel, contrairement
à la vie. Contrairement à la poésie. Car
la poésie est sans pitié. Moi-même je suis
sans pitié. Non, l'oiseau expliqua clairement son point
de vue, et c'était plutôt comique. Et même
d'un comique puissant, tel que dans le noir ce fut bientôt
le pire laisser-aller, chacun touchant les cuisses de sa voisine,
à cause du chant d'oiseau. Tout devenait permis. L'oiseau
parlait de lui, assurément, mais il ne voulait pas que
cela fût dit. Il voulait, je l'ai déduit plus tard,
que son gazouillis devînt la règle, c'était
un oiseau-prophète, peut-être l'oiseau-oiseau. Je
crois bien qu'il disait : Je suis un oiseau futuriste, je deviendrai
réel peu à peu. C'est là que tout s'obscurcit,
le noir s'assombrit, exactement. Je pris conscience que j'assistais
à l'enterrement du poème. Un battement d'aile lourd,
traversé de bruits de casserole, signifia pour moi cette
horrible évidence. Je voulus crier, mais ce n'était
plus nécessaire. Je m'aperçus que j'étais
seul.
Le problème posé me parut être
le problème de la matière, me comprenez-vous, et
puis-je me comprendre ? Que voulez-vous, avec les oiseaux...