Le sanglier vellave

 

 

Pas désagréable pour un sanglier, pas fier, pas mauvais poil. Il se tient coi, en sa bauge, entouré de ses objets. Il les ordonne, il les étage, il les contemple. C'est un sanglier d'autodéfense. Joyeux avec ça, il plaisante avec les visiteurs. Avec sa fine femelle racée. Ses marcassins. Tremble l'oeil gaulois. Il rumine sa vie, passée, présente. Dénombre ses ancêtres, les rêve. Ancêtres des cavernes, des ateliers, des usines. Soufflant fort sur la tâche. Pas payés, pauvres êtres. Le sanglier vellave est un prolo. Un poète. Un rococo. Il note de fines passementeries de style. Il s'organise des rêves violents. Il viole. Il fume. Il hume des boissons vellaves. Le lustre des ancêtres se balance sur sa tête. Il déguste, il dégoise, à petits coups, des liqueurs fortes, des textes vellaves le concernant. Il accepte aussi les langues étranges, pourvu qu'il s'agisse de lui. De ses chasses à travers les forêts premières, les vocables de vieille souche. Un peu aristocrate, en son antre. Pas plus qu'un autre. Que vous, que moi. Conduit sa familiale, bien cambré, la défense au coin des lèvres. Les marcassins grouillent entre les peintures, sur les coussins de planche, les canapés de pierre. Un peu bourgeois, en sa bagnole. Pas plus que vous, que moi. Pense à des choses très vagues, ou très précises, parfois pesantes. Poids des chairs, poids des peines. La mort, sans doute. Il suspend son squelette à la porte. Sonner avant d'entrer. Grelottez, restes. Restes macabres, dépouilles mortelles, vieilles carcasses. Mais non, pas de frisson inutile. Le sanglier vellave est bien assis. Il tient le coup.