Le lamafreid

 

 

Comme tous les grands herbivores, le lamafreid ne se presse point. Il se déplace lentement et sûrement. Ce qui lui permet de se baigner dans les rivières, de croquer du sel dans les rochers, ou même de brouter des pointes de vagues au pied levé. Tout lui est bon, c'est une nature facile, et il fait profession de tolérance. Il faut parler ici de la sensibilité du lamafreid : tout son comportement exprime cette sensibilité qui se manifeste par les frémissements de son poil. Point domestique d'ailleurs : il porte en son regard une patience que contredit un éclat de verre bleu-vert, une sorte d'humilité révoltée. Il s'occupe à définir une société idéale, mieux il la crée autour de lui, en son jardin plein de ses pommes, en sa cabane pleine de ses oeuvres. Car il réalise n'importe quoi, poèmes, sculptures, meubles, vitraux, et même de très beaux enfants, de grandes filles aux yeux de licornes. Prenez avec vous un lamafreid encore jeune, il vous éblouira de ses activités, il vous enchantera de ses paroles. Il est pour la simplicité de la nature, les étables, les prairies, les promenades. Il connaît tous les oiseaux auxquels il ne fait aucun mal, ainsi d'ailleurs qu'aux poissons. Il finit par ressembler à un cep, il est osseux, brun-rouge, couleur terre, couleur pensée, couleur d'un taillis illuminé au printemps. Il est curieusement traversé de lumières fantastiques, de longues flammes colorées. Un lamafreid vieillissant est quelquefois chagrin, déçu qu'il est dans ses convictions, rudoyé par les choses et par les autres animaux. C'est de lamafreids qu'il faudra encadrer le paradis terrestre à reconstruire. Une ménagerie de famille possède au moins un couple de lamafreids ; on les voit gambader entre kangourous et antilopes. Et si certains heurtent les cornes, c'est toujours un lamafreid qui prêche la non-violence. Seulement tu dois comprendre qu'il emmerde, ton lama, avec sa douceur. Le paradis terrestre, on n'y croit plus. Nous avons trop vécu là-bas.