Une poésie qui a mal tourné, c'est
ce qui me reste à l'heure qu'il est. Poésie déviée
vers les plages gâteuses de la mémoire, poésie
pour finir ensablé. Suis-je stupide comme les chouettes
qui n'en finissent plus de lancer leurs flèches, ou bégayant
comme une tapisserie usée ? C'est malin de persister à
écrire des cochonneries. Il faut dire que j'ai donné
libre cours à la machine inspirée : tout ce qu'il
y a, elle le sort. Mon vieux, tu n'es pas plus brillant qu'un
cimetière, c'est moi qui te le dis. Qu'est-ce que cette
marchandise ? Des autos démantibulées, de vieilles
fourrures, et le reste. T'as pas bientôt fini d'accommoder
tes résidus, d'enchâsser tes rogatons ? Si j'étais
quelqu'un de ta famille, tes enfants par exemple, si lucides,
si bien élevés, je te dirais ton fait, mon bonhomme.
Tu avais autre chose à faire, quand ce ne serait que d'arracher
la mauvaise herbe devant ta maison, enlever la poussière
à tes idées, et te renforcer un peu les muscles
des cuisses qui deviennent aussi mous que des seins quadragénaires.
Puis, si c'était pas pour te vexer, je te conseillerais
de lire un peu, il sort des tas de bons romans chaque jour, et
certains absolument géniaux, tu devrais t'y mettre sinon
tu seras mort sans connaître l'actualité, et tu ne
peux compter retrouver l'occasion de sitôt. Quant à
tes expériences, je te signale qu'elles sont ridiculement
limitées. Tu continues à penser à cette idiote
qui t'a pourtant débarrassé, te laissant la bride
sur le cou, et tu mets du temps à la remplacer convenablement,
à te faire une vie digne et modeste. Au lieu de cela, tu
t'occupes à orner un tombeau. Je ne te félicite
pas. Saleté, c'est tout des pourritures, les mots, les
morts.